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13/11/19 créé le

Historique

Description

Enfin réveillé ? Je t'ai découvert sous un tas de ferraille et de boue, je croyais que tu étais mort mais tu es plus coriace que je ne l'aurais pensé. Tant pis pour mon butin de vautour. Te souviens-tu de quelque chose ? Non, bien sûr... une coquille creuse... tu n'es pas le seul à errer sans passé ni but ici, sache-le. Où nous trouvons-nous ? Dans une plaine de chagrins éternels et de terreur confuse. Ce n'est pas de la poésie idiot, c'est la vérité. Regarde autour de toi, que vois-tu ? Rien que des dunes grises, de la terre nue et craquelée et des routes accidentées qui sillonnent ce vaste royaume de poussière et de pacotille, serpentant sans but et ne menant nulle part. Il n'y a rien ici, dans les Terres Déchirées. Tu pourrais voyager dans n'importe quelle direction sans trouver autre chose que des kilomètres et des kilomètres de bouts de ferrailles, d'os éclatés, et du sable à perte de vue. Je peux te le dire : voyager n'offre aucune échappatoire, sinon la perspective de plus grands tourments. De temps à autre, on peut entendre à travers les vents décapants un démon qui chuchote son Nom à ses Héritiers, qui chacun chuchotent aux leurs. Ceux qui entendent ces marmonnements infernaux deviennent fou et se perdent dans le désert. C'est tout du moins ce qu'on dit. Des démons, oui. Tout comme nous, ils errent sans but dans les Terres Déchirées. Évite-les autant que possible et si tu en croises un, ne perd pas de temps. Ils sont les maîtres de ce qu'il reste ici.

Mange dans un premier temps, reprend des forces avant que je ne t'expliques où tu te trouves et ce que tu es... ce que nous sommes. Ici, plus personne ne vit : on survit. Il te faudra survivre aussi, alors écoutes ces règles : Ne manges rien que tu n'as pas emporté avec toi, ne bois aucune eau que tu n'auras fait bouillir. Ne touches rien qui soit mort, surtout pas. Voilà comment j'ai survécu si longtemps ici. Ne touche surtout à rien si tu veux continuer ta route. Ce royaume est empoisonné par une plaie de longue date, et il ne nous offre rien de bon. Je peux te raconter le conte de ce poison qui coule dans les veines de cette terre ferrugineuse, qui suinte d'orifices vivants ouverts dans le corps de l'Enfer lui-même. Assieds-toi, toi qui veux savoir ; c'est un long récit et nous n'avons jamais assez de temps.

Il y a longtemps, les humains vivaient ensemble dans ce qu'ils nommaient leur "civilisation". C'était un âge d'or, c'était un monde de paix. Les humains ne manquaient de rien, bien au contraire : ils étaient si riches que des montagnes de nourriture étaient jetées tous les jours, et que l'eau et l'essence coulaient à flot pour chacun d'entre eux. Les squelettes de machines qui nous entourent s'animaient dans leurs vies quotidiennement pour s'occuper de leurs besoins. Ils étaient, de leurs propres dires, "l'espèce la plus avancée" qui soit... oui, c'est difficile de croire à tout ce faste, n'est-ce pas ? Oublie-le, ce n'est peut-être qu'un mythe après tout. Qui plus est, tout a été balayé à présent et tout ce qu'il en reste sont ces ruines et ce sable. La seule chose qui brise la monotonie du désert, ce sont ces balafres déchiquetées qui marquent certains lieux. Peut-être que tu les a vues, toi aussi. Certaines de ces blessures sont si profondes qu'elles dévoilent la chair de la terre elle-même, un bourbier palpitant fait de veines titanesques et d'organes affamés qui n'ont jamais été destinés à atteindre notre monde. Pourquoi je te parle de ça ? A cause de la Plaie. Celle qui a modifié à jamais le visage de ce royaume.

Un jour, toutes les terres du monde furent ébranlées par de terribles tremblements qui firent émerger d'étranges monolithes qu'on appelaient à l'époque "Épines Démoniaques". Ces dernières chantaient - littéralement - et ces vibrations perturbèrent les champs magnétiques utilisés par les humains pour leurs ressources technologiques. Bientôt, ils ne purent plus s'éclairer, se réchauffer, ni communiquer entre eux. Privée de ses avantages, l'Humanité fut aux abois en quelques décennies à peine. Puis vint la Plaie : une blessure cosmique large de plus d'un kilomètre. Plus on s'en approchait, plus le monde matériel devenait imprévisible. Le terrain se modifiait sous les yeux des gens, changeant de forme avec une volonté délibérée de torturer, de faire souffrir la terre elle-même. Son centre se mit à vomir des créatures voraces venant des confins d'un autre monde. Les humains les confondirent à tort avec les démons de leurs légendes et religion, et ils luttèrent en vain mais de toutes leurs forces. Ces êtres, que nous connaissons sous le nom d'Asheru, déferlèrent sur toutes les terres du monde et les colonisèrent, réduisant en esclavage ceux qui se définissaient comme l'espèce la plus avancée qui soit. L'Âge d'Or mourut, et de ses cendres naquit l'Âge du Sable, gouverné à qui mieux-mieux par les Asheru qui pourtant finirent par se lasser des humains. Les anciennes villes furent englouties par les dunes hurlantes, les technologies dont les humains furent si fiers furent à jamais perdues. Aujourd'hui il n'est plus question que de Seigneurs de Guerre et leurs bandes, de communautés indépendantes et de nomades. Tous ne vivent que pour et par deux choses : l'eau et l'essence. Leurs portails s'étant refermés derrière eux, les Asheru furent condamnés tout comme les humains à survivre dans ces terres que la plaie avait déchiré. C'est pour cette raison qu'on surnomme notre royaume les Terres Déchirées. Plus de villes ni de civilisations, rien que des humains et des démons qui se sont lassés d'eux sans pouvoir s’empêcher de vouloir les dominer.

Moi ? Je ne suis qu'un simple vagabond, un marginal qui n'a pas de nom et qui connait bien ce désert moucheté de rouille que j'arpente depuis bien des éons. J'ai vu bien des choses depuis le début de mon errance dans le désert, et j'ai tiré bien des gens de sous le sable et la ferraille, comme toi. Savoir qui je suis ne te servira à rien. Peut-être suis-je un humain qui affabule, à moins que je ne soies un Asheru qui se moque de toi. Peut-être que les âmes que les Asheru perdent en se divisant m'ont corrompu et que je suis devenu un Namaru errant, un pseudo-démon, créature des deux espèces sans en être d'aucune. Ça n'a aucune sorte d'importance : je suis ton sauveur, c'est tout. Concentre-toi sur ce qui est vraiment important à présent : survivre. Trouver de l'eau et de l'essence, un abri contre le soleil de midi et le froid de la nuit dans le désert. Je te laisse cette gourde, qui contient de l'eau comme de l'espoir. Utilise-les à bon escient, et peut-être nous recroiserons-nous un jour. Qui sait... mais sache que la prochaine fois, je me contenterais peut-être de te voler plutôt que de te tirer de sous le sable, parce que c'est comme ça que ça marche, ici.

Adieu donc, mon ami. Puisse-tu survivre assez longtemps pour découvrir le peu qu'il reste à découvrir de ce royaume de poussière et de rouille.