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12/05/19 créé le

Historique

Description

« Je m’en souviens comme si c’était hier. C’était un mois de mai particulièrement chaud. Ce jour-là, la température avait grimpé pour atteindre les 42 degrés. La chaleur était étouffante, il me semblait par moment avoir du mal à respirer. Aux alentours de 19h, une pluie torrentielle s’est abattue sur la ville. Le ciel semblait tourmenté, incontrôlable, comme s’il tentait de résister à un mal invisible. L’orage se faisait de plus en plus violent, comme s’il cherchait à se défendre de quelque chose. Je me souviens m’être agrippée aux bras de maman, terrorisée par les caprices anormaux de la météo.


A 23h12, une coupure de courant plongea Tokyo dans le noir complet. A 23h17, un grondement que je ne saurais vous décrire avec des mots se fit entendre. Les secondes d’après, tout s’écroula, s’effondrant dans un gouffre dévoreur de vies : les immeubles, les routes, les ponts. Tokyo. Tout avait été emporté.


Je me suis réveillée au milieu de corps inanimés. Quelques autres survivants hébétés contemplaient les cadavres. Certains pleuraient, certains riaient, certains fixaient l’horizon au loin, incapables de digérer les informations qui leur parvenaient au cerveau. L’horreur était la plus totale. Il me semble parfois encore sentir la répugnante et nauséabonde odeur qui se répandait dans les ruines. Je ne saurais plus trop vous dire qui était à mes côtés à ce moment-là. Maman n’était pas là. Il n’y avait pas un seul visage qui m’était familier. D’ailleurs, il était clair et apparent que nous étions tous de nationalités et provenances différentes. Et pourtant, quelque chose nous rapprochait tous les uns et les autres. Nous étions les miraculés. Nous ne savions pas comment, ni pourquoi nous avions survécu. Nous ne savions même pas s’il s’agissait de la réalité, ou d’une hallucination collective. Aucune explication rationnelle ne pouvait permettre de comprendre la situation.


Nous nous sommes rassemblés. Un premier téméraire prit la parole. Un deuxième suivit. D’autres voix s’élevèrent, et les questions se multiplièrent : que s’était-il passé ? Étions-nous morts ou vivants ? Étions-nous toujours à Tokyo, ou avions-nous chuté dans des souterrains, dans les entrailles de la terre ? Que fallait-il faire à présent ? Fallait-il s’occuper en urgence des cadavres ou partir à la recherche d’autres survivants ? Au milieu de cette cacophonie, nous étions nombreux à nous sentir perdus. Beaucoup ne comprenaient pas l’anglais, la communication était difficile. Pour ne rien arranger à la situation déjà catastrophique, certaines personnes commencèrent à manifester des… compétences surnaturelles. Certains, sous la colère, firent magiquement apparaître des boules de feu. D’autres arrivaient à lire dans les pensées de leurs voisins. Certains voyaient leur force décuplée de manière surhumaine. La confusion et la paranoïa étaient maintenant de la partie.


Finalement, au fil des débats, des disputes, des plaintes et des jérémiades, des groupes se sont formés. Ceux qui étaient en état physique de partir en exploration s’engouffrèrent dans les tunnels et sentiers hasardeux de ces souterrains, pendant que tous les autres attendirent en silence, enterrant les cadavres comme ils le pouvaient.


48h plus tard, un premier groupe revint de son expédition. Nous étions alors épuisés, à bout de force, et faibles, tellement faibles. Certains d’entre nous avaient perdu connaissance, d’autres nous avaient tout simplement quitté. Nous n’avions déjà plus aucun espoir. Et pourtant, de l’espoir, c’est bel et bien ce que nous apportèrent nos camarades. Sans nous en dire plus, ils nous invitèrent à rassembler nos forces, et à les suivre : ce qu’ils avaient trouvé en valait la peine.


Au bout de plusieurs heures de marche, nous avons fini par atteindre ce qui me semblait être une sortie, et une lumière aveuglante nous assaillit. En rouvrant les yeux, des plaines à n’en pas finir se dressèrent devant nous. Un ciel, un soleil, des animaux aux apparences à la fois un peu familières, un peu étrangères. De la vie. Dans notre dos, les grottes qui donnaient sur les tunnels que nous venions de traverser.


Nous ne comprenions pas bien la scène qui se déroulait devant nous, alors nous avons réitéré l’expérience maintes et maintes fois : nous sommes retournés dans le tunnel, nous en sommes ressortis. Nous sommes passés du sombre lugubre à la verdure florissante. Encore et encore, car nous n’arrivions pas à croire ce dont nous étions témoin. Et nous ne comprenions pas quel était ce monde : le paradis ? Peut-être étions-nous bel et bien morts. Peut-être s’agissait-il bel et bien d’une hallucination collective. Peut-être était-ce une mise en scène un peu trop réaliste, et peut-être étions-nous les victimes d’une mauvaise blague.


Mais tout cela était bel et bien réel. Nous étions fatigués, affamés, nous ne rêvions que d’une chose : de repos, de calme, de paix. Et nous avions fait la découverte d’un parfait oasis, cet oasis qui était désormais notre royaume à tous : Althea.


C’était le mois de mai de l’année 2019, ce mois où le gouffre emporta tout ce que l’on aimait, et que l’on n’avait pas assez aimé. »